Les pépites de la rentrée étrangère

Les pépites de la rentrée étrangère

Médiocre, la rentrée littéraire ne peut pas l'être en France. Risquons même : jamais ! Passons sur le rituel d'autoflagellation qui consiste à mépriser systématiquement la production nationale au motif qu'elle manquerait d'air, de hauteur, d'ambition. Passons sur le fait que l'on trouve toujours des pépites à la surface du tamis, du côté des romans attendus d'auteurs consacrés comme parmi les manuscrits inattendus d'auteurs inconnus. 
Par Pierre Assouline

La rentrée étrangère, elle, est par définition un gage de qualité. D'autant que la France est le pays au monde qui traduit le plus : environ 20 % de ce qui paraît chez nous en littérature générale vient d'une autre langue, ce qui témoigne d'une ouverture et d'une curiosité incontestables ; car la demande des lecteurs est là, profonde, ancienne, durable, passionnée. Même si l'anglais domine, les autres langues, et donc les autres littératures, sont bien représentées, des plus proches aux plus exotiques. Ainsi, en cette rentrée, face aux 363 romans français, on ne dénombre pas moins de 197 nouveaux romans venus d'ailleurs, et parfois de très loin. Or ce sont « les meilleurs du monde », du moins peut-on l'espérer, puisqu'avant de nous parvenir, ils sont passés par le double filtre de la critique et du public ; tandis que, au même moment, le tout-venant de la fiction française paraît « en direct » pour le meilleur et pour le pire. Les têtes chercheuses des éditeurs ont puisé dans le meilleur qui a déjà été lu, publié, encensé et lauré un peu partout. Sauf à penser que la littérature mondiale est unanimement médiocre depuis quelques années, mais ce genre d'affirmation renseigne surtout sur les problèmes existentiels de celui qui l'énonce. C'est une pose et une posture. Ne reste plus alors à ces blasés qu'à relire (air connu) les classiques, modernes ou anciens. Ne leur abandonnons pas ce privilège. Ne cessons jamais de faire nôtre la définition du genre par Italo Calvino : « Est classique ce qui tend à reléguer l'actualité au rang de rumeur de fond, sans pour autant prétendre éteindre cette rumeur. Est classique ce qui persiste comme rumeur de fond, là même où l'actualité qui en est la plus éloignée règne en maître. » Et : « Un classique est un livre qui n'a jamais fini de dire ce qu'il a à dire. »[Lire la suite]