30 classiques pour penser le monde

30 classiques pour penser le monde

Qu'est-ce qu'un classique ? Un livre étudié dans les classes, comme le répondait avec malice Michel Tournier, ou un livre dont les énoncés gardent leur valeur, quel que soit le contexte dans lequel on les découvre, comme on l'enseigne à l'université ? Les classiques partagent en tout cas un attribut : la persistance. Vous aurez beau les brûler, les dépriser, les interdire, les expurger, vous ne saurez les faire taire.

1984 renverra toujours les dictatures à leurs fondamentaux. L'Étranger décillera à jamais les jeunes gens sur la fragilité des conventions déposées sur l'absurdité du monde. Et tant qu'il y aura les lecteurs, le Quichotte les vaccinera contre les illusions romanesques et les élans héroïques...Dans cette perspective, nous avons cherché dans les grandes oeuvres d'autrefois ce qu'elles pouvaient nous dire du monde complexe et enchevêtré d'aujourd'hui. Pleine de combats sublimes et d'injures colorées, La Chanson de Roland a-t-elle contribué à forger notre défiance du monde musulman ? Avec ses rêves de bibliothèque infinie et des romans-rhizomes, l'Argentin Jorge Luis Borges a-t-il envisagé nos modernes réseaux ? La mondialisation commence-t-elle avec Jules Verne et son Tour du monde en quatre-vingts jours ? Au fond, les livres permettent la seule nécromancie qui vaille : à travers eux, les fantômes des auteurs nous parlent, et s'ils répètent toujours le même discours, celui-ci s'augmente, à chaque époque, d'une couche de sens nouveau. Nous ne nous comportons plus comme le public du temps d'Euripide - qui hurlait, s'évanouissait, vivait les pièces -, mais l'ivresse dionysiaque des Bacchantes nous renvoie à des barbaries modernes - comme la folie mutilatrice de certaines guérillas africaines. Nous ne pratiquons plus la fidélité à la mode de La Princesse de Clèves, et pourtant son aspiration à une vertu idéale nous touche au coeur. Le monde change, la littérature reste : elle est ce miroir magique qui n'embellit rien mais éclaire ses sujets. Et elle n'en connaît aucun trop grand qu'elle ne puisse le refléter.